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Chez nous. Lucas Belvaux. 2016

En mettant à nu les mécanismes qui installent un parti politique dans une vie locale, Lucas Belvaux livre une puissante réflexion sur les pouvoirs de l’image, cet outil au centre des préoccupations politiques et cinématographiques.
C’est devenu une habitude : le nouveau film de Lucas Belvaux sonne « politique ». Dans la continuité de La raison du plus fort et de 38 témoins, le réalisateur continue son portrait d’une France « de la périphérie » oubliée et gangrénée par la lâcheté et la tentation des extrêmes. Dans Chez nous, on retrouve ces personnages très caractérisés et un sens inné du casting – Émilie Dequenne, Guillaume Gouix et André Dussolier sont parfaits – au service d’un récit haletant comme un thriller qui font la renommée de l’auteur. Cette efficacité est, une nouvelle fois, à mettre au profit d’une œuvre très habile, peut-être la plus belle démonstration de force d’un réalisateur en pleine possession de ses moyens de cinéaste et visiblement très habité par un sujet que l’on imaginera désormais mal entre les mains d’un autre.
Mais ce qui fait, au-delà de cette redoutable efficacité, la vraie réussite de Chez nous est beaucoup plus discret et souterrain.
Si le film est assez frontal, voir démonstratif, dans sa dénonciation des idéologies populistes, c’est finalement dans ses arrières-plans qu’il dissimule ses véritables enjeux. Plus qu’un « film à message », Chez nous est un film « sur les messages » : affiches, tags, écrans… Sonores, visuels, le film est traversé par de multiples messages de façon presque subliminale dont on pressent les effets sur les populations. Le parcours déceptif d’Émilie Dequenne peut être lu comme celui d’une incubation : traversée par de multiples messages, elle en est la mère porteuse et mute insidieusement. Le film excelle dans sa première heure à décrire les nombreux changements identitaires d’un individu peu à peu dépassé par une image d’elle, un imago comme une sorte de double qui, désormais, s’incarne jusqu’à la substitution : c’est la victoire du personnage politique sur l’individu politisé. Dans Chez nous, les messages sont viraux et s’installent patiemment au fond de l’être comme une sorte de cancer. C’est un cancer qui vient de loin : il ne fait que profiter d’un désarroi existentielle et d’une colère sociale qui résonnent dans les rues vides d’une bourgade oubliée de tous. Le discours est connu mais le film fascine à en ausculter les symptômes : transformation pigmentaire et vestimentaire, glissement sémantique. Quelque chose s’organise sous les beaux auspices d’un médecin local – quoi de mieux? et qui de mieux que André Dussolier? – érigé en grand ordonnateur du changement qui est avant tout un changement de représentation.
La force de Chez nous est d’avoir actualisé le regard que l’on peut désormais porter sur les idéologies extrémistes. Désormais, le combat n’est plus de fustiger la honte d’une idée dite « décomplexée », il est d’en démonter la mécanique perversePerverse car qui fonctionne, selon l’étymologie du terme, par détournement (des individus) et par contournement (de son image extrémiste).
Le film est, à ce titre-là, admirable.

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cheznousChez nous. 2016. 118 minutes.
Réalisé par Lucas Belvaux.
Scénario de Lucas Belvaux et Jérome Leroy.
Images de Pierric Gantelmi D’Ille.
Montage de Ludo Troch.
Avec Emilie Dequenne, André Dussolier, Guillaume Gouix, Catherine Jacob
En salles le 22 février.
Distributeur
: Le pacte.
Télécharger le dossier de presse en cliquant ici.


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