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Lycéens et apprentis au cinéma : « L’exercice de l’état » (P. Schoeller, 2011)

Proposition éclatante d’un réalisateur discret qui navigue intelligemment entre cinéma et télévision, L’exercice de l’état est l’éblouissant portrait d’un homme confronté à ses multiples représentations : image privée, image publique et image médiatique s’y entrecroisent et tissent un lien étroit entre des questions d’ordre politique et cinématographique. L’exercice de l’état est aussi l’exercice de différents états de représentation, l’histoire d’une reconquête identitaire dans un univers ou tout semble nous fragmenter, nous défigurer puis nous isoler.

La singularité de L’exercice de l’état doit beaucoup à la carrière inhabituelle de son réalisateur. A contrario d’une certaine idée qui considère la télévision comme une étape vers le cinéma, Pierre Schoeller navigue de l’un à l’autre sans les différencier. Après le succès public et critique de L’exercice de l’état, Pierre Schoeller réalisera la série Les Anonymes pour Canal+. Cette volonté de ne pas hiérarchiser deux systèmes de production d’images participe de la réussite d’une œuvre ou circulent différents régimes et registres d’images qui s’entremêlent, se confondent et se confrontent. Au-delà des multiples histoires qui irriguent le récit, la circulation de ces représentations plurielles sont au centre d’une crise identitaire qui devient le vrai sujet du film. L’exercice de l’état est donc le portrait d’un individu en crise et se singularise du film politique habituel qui évolue souvent à l’échelle des nations et des grandes « affaires » (Une affaire d’état d’Eric Valette, Blood diamond d’Edward Zwick). Une dimension humaine déjà suggérée dans une affiche qui privilégie les individus (Une habitude chez Pierre Schoeller qui réutilise la rhétorique de son précédent film, Versailles).

L’exercice de l’état met en jeu les différentes représentations du ministre des transports Bertrand Saint-Jean (l’impressionnant Olivier Gourmet). On pourrait, de façon assez simpliste, distinguer trois registres d’images :
L’image privée : elle concerne les relations intimes du personnage (cellule familiale et cercle des amitiés). Elle révèle la dimension cachée d’un personnage public saisi comme individu.
L’image publique : elle nous présente le personnage dans sa fonction sociale dont elle révèle parfois les mécanismes. Elle peut opérer un glissement vers l’image médiatique.
L’image médiatique : Cette »image d’une image » est à la fois la plus connue et la moins évidente à identifier car « noyée » dans la fiction. Images télévisuelles, images de presse, elles sont fixes ou animées et représentent ces images que chacun de nous connait de l’homme politique.
La circulation de ces images ainsi que la transformation de l’une en l’autre – voir le double rôle que certaines peuvent avoir – participent de la complexité des régimes d’images qui animent le film. Surtout, elles livrent une vision fragmentée de Bertrand Saint-Jean qui nourrissent une crise identitaire du personnage. Le film regorge de nombreuses allusions à une identité plurielle qui peine à retrouver une unité qui conditionne un équilibre : il dit « nous » face à un miroir, proclame qu’il est pour l’amour des pères qui peut s’entendre comme « paire« , on le dit « flou » comme on lui reproche d’être à la fois une « caricature » et un « modèle« .

Derrière les faits et les affaires, L’exercice de l’état est le parcours d’un homme qui s’émancipe de ses multiples représentations pour se reconquérir et se retrouver en tant qu’individu. Face à l’immatérialité de l’image, c’est par le corps qu’il se réapproprie son individualité et Bertrand Saint-Jean va connaitre un parcours doloriste qui le voit passer par plusieurs états et étapes : ses entrailles sont animées (il boit, fume et vomit), son visage est massé et mutilé, son corps retrouve de la densité et de la masse (il est porté totalement ivre, prend son ami dans ses bras…). A hauteur d’homme et à l’échelle de l’intime, le film de Pierre Schoeller prend ses distances avec la politique pour livrer une belle réflexion métaphysique sur le politique.

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 etatL’exercice de l’état. 115 minutes. 2011
Réalisation et scénario : Pierre Schoeller.
Photographie : Julien Hirsch. Montage : Laurence Briaud.
Musique : Philippe Schoeller.
Avec Olivier Gourmet, Zabou Breitman, Michel Blanc
En salles le 26 octobre 2011.
Distributeur :
Diaphana.
Télécharger le dossier pédagogique en cliquant ici.


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