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Manille. Lino Brocka. 1975

En salles le 07 décembre

Carlotta continue d’exhumer le précieux cinéma de Lino Brocka, l’un des plus importants cinéastes philippins. Une nouvelle fois réalisée dans l’urgence et une relative insécurité, Manille est une œuvre physique et puissante qui navigue entre images triviales et tripales de la pulsion et visions oniriques du rêve sans jamais se défaire d’un regard social très acéré sur un pays en pleine déliquescence.

« Le jeune Julio arrive à Manille pour retrouver sa fiancée Ligaya. A court d’argent, il pénètre dans les bas-fonds de la ville, là où règne une extrême pauvreté, la corruption et la prostitution. »

Il y a, chez Lino Brocka, la tentation d’un cinéma absolu qui pourrait transfigurer tout discours politique. Si le cinéaste est connu comme engagé, notamment contre le régime dictatorial de Ferdinand Marcos installé depuis 1965, le regard et  les images semblent suffire à Manille pour manifester une colère palpable qui prend vie dans l’échelle des plans, la texture des images et les figures de montage. Pour Lino Brocka, il existe une matière-film pour un cinéma physique qu’il prendra soin de faire naviguer entre les images incarnées et tripales d’une impitoyable réalité sociale et les images éthérées et oniriques du rêve. Ce mouvement perpétuel configure une mise en scène qui piège des personnages déchirés entre deux visions, la tête sans doute pleine de rêves mais les pieds fatalement rivés au sol.
Ce piège, c’est celui d’un cadre foncièrement anxiogène où les corps s’éprouvent et transpirent. C’est surtout celui du champs et du contre champs : la sécheresse du montage n’offre que peu d’échappatoires à des individus saisis de façon très frontale, et donc univoque, à travers un statut social inamovible et un contre-champ qui s’y glisse pour rendre manifestes leurs rêves et leurs espoirs. Entre ces deux visions, point de dialogue ni de connexion : c’est l’idée la plus stricte d’un montage parallèle qui prend forme, celle qui associe deux idées qui se regardent mais jamais ne se croisent.

Face à cette fatidique situation, quelque chose remonte à la surface. Née sous l’égide de la frustration ou de l’incomplétude, une impitoyable pulsion s’empare des personnages. Il faut revenir au titre du roman original d’Edgardo Reyes pour saisir le sens de ce parcours : Dans les griffes du néon, titre qui résonne idéalement avec le sous titre du film,  Manille, dans les griffes des ténèbres. C’est le directeur de la photographie Mike de Leon qui est à l’origine du film : en confiant sa réalisation à Lino Brocka, Manille devient un manifeste urbain où les néons et les ambiances nocturnes accompagnent une descente dans un enfer social. Le travail sur la lumière et les couleurs épouse merveilleusement ce mouvement ascendant animé par la crudité et la violence du parcours de Julio, Orphée du monde moderne. Mais c’est aussi une plongée dans la noirceur de l’âme humaine, l’expression d’une violence animale et d’une trivialité sauvage motivées par un unique instinct : survivre.

C’est dans ce parfait équilibre entre message politique fort et stylisation de la mise en scène que Manille se construit comme l’un des plus grands films philippins, et comme une œuvre essentielle du 7ème art.

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Manille. 1975. 127 minutes
Réalisé par Lino Brocka.
Scénario de Clodualdo del Mundo Jr.
Musique originale de Max Jocson.
Directeur de la photographie : Miguel de Leon.
Avec : Hilda Koronel, Lou Salvadore, Tommy Abuel
En salles le 16 novembre en copie restaurée 2K.
Distributeur :
Carlotta.
Télécharger le dossier de presse en cliquant ici.


Du même réalisateur :
Insiang. Lino Brocka. 1976


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