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Taxi driver. Martin Scorsese. 1976

Peinture magnifiée d’une solitude urbaine, Taxi Driver est l’un des plus novateurs et des plus beaux chants d’amour de Martin Scorsese à une ville qui ne cessera de l’inspirer. Une œuvre fondamentale et foncièrement politique hantée par les démons de l’Amérique.

Revoir Taxi Driver aujourd’hui, c’est redécouvrir la richesse fondatrice d’une œuvre toujours importante. Taxi Driver inaugure avant tout l’un des plus beaux ménages à trois du cinéma : celui d’une ville, d’un réalisateur et d’un acteur. C’est le premier très grand succès d’un auteur adoubé par une palme d’or en 1976 qui trouve en New-York une matière inépuisable pour nourrir les formes de son cinéma. C’est un personnage et son dialogue culte, «You’re talkin’to me», improvisé par un Robert De Niro habité par son rôle et par une «méthode» qui fera de lui l’un des acteurs essentiels pour les 20 ans à venir. Tout cela appartient aujourd’hui à la légende.
Que reste-t-il de Taxi Driver aujourd’hui qui mériterait de le redécouvrir en salle?

Il est le résultat d’une belle rencontre, de celle qui témoigne le mieux d’une période d’effervescence cinématographique appelée Le Nouvel Hollywood. Cette rencontre, c’est celle du cinéma classique et de l’avant-garde. Dans Taxi Driver, la limpidité de la narration de Paul Schrader se frotte aux visions nocturnes et hallucinées de New-York. Le film de Martin Scorsese est une puissante expérience de déformation du réel, un portrait sous acide de ses bas-fonds reconfigurés en espace mental : la belle photographie de Michael Chapman transforme le monde interlope new-yorkais en lente dérive chromatique faite de néons aux couleurs saturées qui rappellent à la fois le cinéma expérimental de Kenneth Anger et le cinéma pornographique, très en vogue à cette période. Cette dérive hallucinée, c’est celle de Travis Bickle, âme esseulée en errance dont la ville devient l’espace mental. Taxi Driver ne navigue pas entre vision sociale et vision hallucinée de la ville: le film de Martin Scorsese est un film sorcier qui entremêle et mélange, invente son propre langage pour reconfigurer la ville. Une innovation esthétique importante qui résonnera pendant quelques décennies et aujourd’hui encore dans un certain cinéma urbain,  notamment chez Abel Ferrara. Néanmoins, Taxi Driver ne se défait pas d’un certain classicisme : son esthétique urbaine n’est pas sans rappeler celle des films noirs, la narration est linéaire et la réalisation parfois très limpide, le format panoramique 1:85 rappelle celui des grands studios. Pour la bande originale, Martin Scorsese ressuscite Bernard Herrmann, célèbre compositeur des années 40 à 60 qui travailla avec Alfred Hitchcock et Orson Welles. Étonnant mélange d’influences de jazz et de musique orchestrale, il signe l’une des ses meilleures compositions, suspendue comme le film entre passé et présent.

L’enfer mental et halluciné de Taxi Driver, c’est un voyage intérieur dans la boîte crânienne agitée d’un paria de l’Amérique. Travis Bickle, c’est une voix off balbutiante et fragile associée à un regard  diffracté sur la ville qui se dissout dans la pluie et les lumières nocturnes : c’est une réalité qui fait de plus en plus défaut pour céder sa place à des hantises qui puisent directement dans la plus sombre histoire de l’Amérique. Le taxi diver de Martin Scorsese est un personnage éminemment politique. C’est un oublié des utopies des années 60, de ceux qui ont connu l’enfer du Vietnam et qui fantasment et tentent de ressusciter deux démons tenaces de l’Amérique : la puissance à la fois virile et mortifère des armes à feux et l’assassinat d’une personnalité politique.
Avec sa crête qui évoque à la fois celle de l’indien massacré et du punk destructeur, Travis Bickle est l’un des plus effrayants fantômes de l’Amérique que le Nouvel Hollywood a imprimé sur pellicule.

CAB SAT FILMS CD 6


Taxi_Driver_poster_217312 Taxi driver. 1976. 113 minutes
Réalisé par Martin Scorsese.
Scénario de Paul Schrader.
Chef opérateur : Michael Chapman.
Musique de Bernard Herrmann.
Avec Robert De Niro, Harvey Keitel, Jodie Foster, Cybill Sheperd
En salles le 28 septembre 2016.
Distributeur : Park circus
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