Les dernières infos

Diamant noir. Arthur Harari. 2015

Remarquable première œuvre, Diamant noir se glisse dans les habitudes du film noir et s’autorise une belle mutation des codes. A la fois habituelle et inhabituelle, le film d’Arthur Harari est une œuvre qui réinvente donc le genre avec audace tout en respectant la mythologie qui le lie ontologiquement au spectateur.

Arthur Harari l’a bien compris : le cinéma de genre est une expérience de la reconnaissance pour un public qui aime y retrouver les formes et les figures habituelles. Obéir aux règles, c’est s’assurer que le public y « trouvera son compte » sur les bases d’un pacte solide fondé sur des codes immuables. A la mutation des codes du film noir que proposaient certaines œuvres au début des années 80, on a souvent donné le qualificatif  de « néo-noir » pour mieux singulariser ce renouveau, syndrome manifeste d’une période dite « post-moderniste ». Néanmoins, l’immuabilité des figures demeure. Diamant noir en représente une sorte de quintessence et son réalisateur a bien compris que l’essence du film noir est bien d’ordre mythologique mais qu’elle ne doit pas être sacralisée. Arthur Harari considère le genre comme impur : son histoire d’un apprenti diamantaire qui sourdre sa vengeance implacable est l’histoire de cette mécanique de l’impureté mais aussi de la fascination pour ce qu’il y a de plus pur, les codes du genre comme le diamant.
Dans Diamant noir, on retrouvera les éléments séminaux du film noir : une histoire de vengeance et de famille, une faute originelle devenue un trauma, une image paternelle à la fois protectrice et castratrice, des pulsions troubles transformées en amour interdit, de l’atavisme, des trahisons, des faux frères ennemis, quelques coups de feux et l’inévitable casse. Tout y est. Ce « tout » révèle la volonté d’offrir une œuvre somme, presque totale, à la fois définitive et matricielle. Pour nourrir sa matrice, Arthur Harari invoque donc les textes fondateurs. Son film est une habile relecture du Hamlet de Shakespeare et se réapproprie les mécanismes narratifs d’Oedipe Roi de Sophocle, deux œuvres  qui baignent la cellule familiale dans l’enfer du traumatisme, de l’atavisme et de la vengeance. Comme Le parrain (Francis Ford Coppola, 1972) ou The Yards (James Gray, 2000) avant lui,  Diamant noir se glisse confortablement dans des habits modèles. Mais c’est son habilité d’écriture et son esthétique audacieuse qui lui permettent d’échapper au recyclage, cette constante d’un cinéma dont l’absence d’inventivité et le manque de prise de risque se dissimulent souvent sous les oripeaux fallacieux du « post-modernisme ».

Si Diamant noir relève classiquement du film noir, il n’a finalement de noir que le titre. Plongée dans l’univers chromatique d’une Belgique baroque et flamboyante, l’œuvre fait preuve d’un lyrisme exacerbé comme pour mieux exprimer les sentiments puissants qui habitent ses personnages. Amour sexué ou filial mais forcément contrarié, les sentiments en jeu relèvent d’un mélodrame puissant dont les couleurs traduisent et démultiplient le flot agité et tortueux pour mieux emporter le spectateur. Un spectateur finalement soumis à des forces archaïques faites d’amour et de mort qui le dépassent et qui relèvent d’une mythologie digne de la tragédie grecque. Malgré son terreau mythologique, Diamant noir sait pourtant rester à hauteur d’hommes. Son inscription dans une réalité sociale, le souci de ne pas oublier le quotidien des personnages ou le refus de traiter le cambriolage sur un mode spectaculaire permettent de tisser un lien intime entre l’œuvre et le spectateur et d’entretenir un lien affectif avec les personnages. L’éclatement de la figure paternelle en plusieurs figures qui se font écho participe de cette complexité de la vie qui évite au film de dresser des portraits trop symboliques qui seraient instrumentalisés pour servir le projet du film. La finesse de la caractérisation s’associe à une maitrise éblouissante de l’écriture qui fait naviguer, avec beaucoup de malignité, le spectateur entre deux états : lui faire partager les secrets de certains personnages pour mieux construire la relation affective et, à l’inverse, en dissimuler certains pour mieux ménager le suspense dont il a tant besoin pour jouir du « bon polar » qu’il est venu chercher.
C’est ce talent d’équilibriste, entre révélation et dissimulation, entre dimension mythologique et dimension sociale, qui fait de ce premier film une réussite éclatante.

Diamant-noir-2


F5Diamant noir. 2016. 115 minutes.
Réalisé par Arthur Harari.
Produit par Philippe Matin et David Yon.
Scénario de Agnès Feuvre et Arthur Harari.
Montage : Laurent Sénéchal.
Avec Niels Scneider, August Diehl, Hafed Benotman, Hans-Peter Cloos
En salles le 08 juin 2016.
Distributeur :
Ad Vitam.
Télécharger le dossier de presse en cliquant ici.


Vous pouvez créer un cycle « Film noir » avec d’autres œuvres accompagnées !
En quatrième vitesse. Robert Aldrich. 1955
Le point de non retour. John Boorman. 1967


Découvrir les films de l’actualité accompagnés par Les Ateliers de la Rétine.
Consulter l’index des films accompagnés par Les Ateliers de la Rétine.

Publicités
About Les Ateliers de la Rétine (68 Articles)
www.laretine.org - Éducation à l'image || Histoire du cinéma || Pratique artistique

2 Trackbacks / Pingbacks

  1. En quatrième vitesse. Robert Aldrich. 1955 – LES ATELIERS DE LA RETINE
  2. Le point de non retour. John Boorman. 1967 – LES ATELIERS DE LA RETINE

Commentaires fermés

%d blogueurs aiment cette page :