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La planète des singes. Franklin J. Schaffner. 1968

Revoir La planète des singes, c’est redécouvrir le film fondateur d’une science-fiction qui a su, pendant une décennie entière, trouver le parfait équilibre entre logique de divertissement et dimension politique progressiste. Si le film de Franklin J. Schaffner parle bien des peurs de son époque, il surprend encore par un discours social et métaphysique qui ne cesse de résonner aujourd’hui.

Le souhait des grands studios est assez révélateur : si La planète des singes peut prétendre au remake, il faut peut-être y voir la nécessité d’insuffler, dans une machinerie hollywoodienne rompue au spectacle,  un soupçon de critique à partir d’un discours qui semble inépuisable. Mais il faudra revenir à la version de Franklin J. Schaffner pour en retrouver la profondeur. Si le film a fortement marqué les mémoires avec une fin qui est une condamnation sans équivoque de l’arme atomique, c’est peut-être ailleurs que sa résonance contemporaine se fait plus forte. En adoptant avec sérieux et une certaine cruauté l’idée d’une inversion dans les rapports entre humains et animaux, le scénariste Rod Serling – bien connu pour être le fondateur de la série The Twilight Zone – se détache de l’ironie distanciée qui nourrit le livre de Pierre Boulle : l’entreprise ambitionne d’aborder avec hauteur le sujet comme le feront par la suite des films tels que Soleil vert (Richard Fleischer, 1973), Punishment park (Peter Watkins, 1970), Rolerball (Norman Jewison1975) ou encore Le survivant (Boris Sagal, 1971).
Film fondateur de la speculative fiction, La planète des singes est bien évidemment une œuvre de son temps : il y a la menace atomique – une habitude depuis les années 50 – et la milice simiesques qui ravage avec violence une société agraire n’est pas sans rappeler quelques faits d’armes d’une armée américaine alors enlisée en pleine guerre du Vietnam. C’est à travers le personnage de Taylor (Charlton Heston) que La planète des singes trouve matière à une réflexion très riche sur la nature humaine. Son parcours déceptif révèle une âme conquérante – on pourrait dire colonialiste – et suprématiste qui toise avec amertume ses semblables. Mégalomane, plus héros déchu qu’un anti-héros, il va connaitre la soumission au grand regret de sa volonté de puissance : plus que son statut de dominé, ce sont ses aspirations à la domination qui sont contrites. Taylor, homme à l’orgueil blessé, symbolise une vision foncièrement pessimiste du caractère humain. En écho à une critique de l’individu, La planète des singes est aussi la critique d’un modèle de civilisation : sa division en castes révèle un racisme entre espèces où une classe dominante se maintient au pouvoir par des mécanismes de réécriture de l’histoire et un obscurantisme qui privilégie la croyance aux faits, la religion à la science.
Œuvre à la fois à hauteur d’hommes et à l’échelle d’une civilisation, La planète des singes distille un discours très marqué, dans la droite lignée de la philosophie sociale et  critique de l’école de Francfort. Une œuvre fondatrice tant pour le genre de la science-fiction que pour tout un système hollywoodien qui connaîtra, la décennie suivante, de profondes transformations.

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 F9La planète des singes. 1968. 112 minutes.
Réalisé par Franklin J. Schaffner.
Scénario de Rod Serling.
Musique de Jerry Goldsmith.
Maquillage de John Chambers.
Avec Charlton Heston, Roddy Mc Dowall, Kim Hunter, Maurice Evans
En salles le 20 avril 2016.
Distributeur
: Swashbuckler films.
Film soutenu par l’ADRC.


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