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Voyage dans le cinéma chamanique (Ixcanul, Jayro Bustamante, 2015)

Ixcanul est une belle première œuvre qui s’invite dans le quotidien de paysans guatémaltèques vivant principalement de la récolte du café. Poids des traditions et rites ancestraux, domination patriarcale, relation mère-fille : si le film est un beau document ethnographique sur un groupe social et ses mécanismes, il est aussi un récit imaginaire déguisé en fable morale qui met en jeu – au-delà des outils propres à la fiction (scénario, acteurs…) – des forces qui trouvent dans le cinéma une matière propre à leur expression.
Si de nombreuses séquences mettent en scène des rites proches de la magie, c’est surtout par certains choix de réalisation – notamment la cadrage et la lumière – que Jayro Bustamante baigne son film dans une « inquiétante étrangeté » qui s’équilibre idéalement avec la dimension ethnographique de son sujet.

Considérant le cinéma comme outil médiumnique, Ixcanul renoue avec une tradition chamanique du cinéma. Bien plus qu’à travers son sujet, sa logique de représentation l’inscrit dans l’histoire d’un cinéma qui suggère, par ses moyens propres, la présence et l’influence de forces qui demeurent au-delà – des hommes et de l’espace filmique – et invisibles.
Echappant ontologiquement à la représentation figurative, elles s’emparent du cinéma autrement et baignent les oeuvres dans ce que l’on appelle parfois communément « une ambiance ».

Ixcanul1Le renne blanc (Erik Blomberg, 1952)

Cette dimension médiumnique du cinéma a traversé toute son histoire et on la retrouve dans l’expression originelle et commune de « magie du cinéma ». Dans l’inconscient collectif, le cinéma semblait prédestiné à remplir ce rôle de révélateur de l’invisible, à devenir un art magique qui s’incarne à travers des formes et de figures récurrentes qui lui préexistent dans d’autres formes d’expression artistique qui participent, de façon plus général, à définir un art fantastique, c’est à dire un art qui influence et déforme le réel.

Ixcanul2La forêt d’émeraude (John Borman, 1985)

« Voyage dans le cinéma chamanique » propose de découvrir l’histoire d’un cinéma médiumnique à travers de nombreux extraits de films et de questionner les modes de représentation de l’art magique dans l’histoire des arts.

Ixcanul3Coeur de verre (Werner Herzog, 1975)

Extraits proposés (liste non exhaustive) :
Nanouk l’esquimau. Robert Flaherty. 1922
Vaudou. Jacques Tourneur. 1942
Le renne blanc. Erik Blomberg. 1952
Divine Horsemen : The Living Gods of Haiti. Maya Deren. 1953
Onibaba. Kaneto Shindo. 1964
Keoma. Enzo G. Castellari. 1971
El topo + La montagne sacré. Alejandro Jodorowsky. 1970, 1973
Derzou Ouzala. Akira Kurosawa. 1975
Coeur de verre. Werner Herzog. 1975
Picnic à Hanging Rock + La dernière vague. Peter Weir. 1975, 1977
Shining. Stanley Kubrick. 1980
Altered states (Au-delà du réel). Ken Russel. 1980
La forêt d’émeraude. John Boorman. 1985
Yeleen. Souleymane Cissé. 1987
Dead man. Jim Jarmush. 1995
D’autres mondes. Jan Kounen. 2004
La grotte des rêves perdus. Werner Herzog. 2010
Hors satan. Bruno Dumont. 2011
Atanarjuat. Zacharias Kunuk. 2011

Bibliographie exhaustive :
L’eau et les rêves, essai sur l’imagination de la matière. Gaston Bachelard.
L’air et les songes, essai sur l’imagination du mouvement. Gaston Bachelard.
La terre et les rêveries de la volonté, essais sur l’imagination des forces. Gaston Bachelard.
La psychanalyse du feu. Gaston Bachelard.
La flamme d’une chandelle. Gaston Bachelard.
La poétique de la rêverie. Gaston Bachelard.
Le chamanisme et les techniques archaïques de l’extase. Mircea Eliade.
Naissances mystiques. Essai sur quelques types d’initiation. Mircea Eliade.
Le chamanisme au cinéma. Georges Foveau.
Poétique du cinéma. Raoul Ruiz.

 

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