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Les mécanismes du cinéma burlesque de Jacques Tati à Peter Sellers

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Avec The Party, Blake Edwards atteint les sommets hilares de son art euphorisant grâce à une mise en scène savante qui confronte le corps malhabile et incontrôlable de Peter Sellers au monde et à ses objets. Un comique de l’expression corporelle dans la grande tradition du cinéma burlesque où le génie de l’acteur trouve un espace propice à son déploiement le plus parfait et donc le plus destructeur. Mais dans la joie.

 

Dans The Party, on retrouve la saveur d’une certaine tradition comique : celle du burlesque et de ses héros. Harold Lloyd, Buster Keaton, Jacques Tati : autant de figures trépidantes invoquées par Blake Edwards et Peter Sellers pour rythmer le désarroi d’un personnage face au monde et à ses objets. Un thème déjà central dans les films de Jacques Tati, influences majeures du film qui mettaient également en jeu le corps du comique comme objet déréglé et outil destructeur.
Dans The Party, le corps est donc la matière première d’une mécanique du rire qui se joue de ses approximations et ses maladresses. « Ne pas être et ne pas se sentir à sa place » pourrait résumer le fardeau de notre personnage burlesque. Bipède asynchrone, Peter Sellers est un enfant perdu dans un monde d’adultes dont les objets capricieux lui cèdent ou lui résistent. Le détournement et le jeu apparaissent comme les moyens de se les réapproprier, souvent loin de leur fonction première.

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La mise en scène précise de Blake Edwards parachève les effets comiques de notre homo ludens. Le cinémascope lui offre un espace multidimensionnel à habiter et permet de construire des effets comiques qui naviguent entre premier et arrière plan. Le son apparait comme un prolongement du personnage dans l’espace et concrétise l’effet comique de désynchronisation dans son rapport à l’image.  Une mise en scène subtile et discrète qui permet aussi à la réalisation de Blake Edwards de rester classique pour mieux cultiver la rigidité d’un espace régi par les conventions et le protocole.
The Party transcende alors sa verve comique en critique sociale à travers la peinture d’un monde hollywoodien dont le décor, épuré et moderne, rappelle ceux des films d’ Antonioni pour remplir le même rôle : égratigner le désarroi existentiel d’une population argentée qui dissimule sa vacuité derrière les oripeaux fallacieux du luxe et de l’esthétique.

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Une dimension politique s’invite dans chaque fait et geste de Peter Sellers qui oppose à l’ordre établi une fraicheur et une spontanéité auxquels il ne résistera pas. N’oublions pas que nous sommes en 1968, dans un pays agité par une révolution contre-culturelle initiée par sa jeunesse. Celle là même qui envahit le loft princier, sous l’égide de l’humanisme et du partage, valeurs essentielles bafouées par ces caricatures de nababs hollywoodiens.

Modèle de cinéma burlesque, The Party en retrouve les mécanismes traditionnels en remettant le corps au centre du gag. Cette confrontation d’un corps malhabile et destructeur avec le monde n’est pas sans distiller un message social et politique : il est une lutte du vivant face à une société qui cache mal sa déshumanisation derrière une modernité glaçante et protocolaire.

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